Jean paul pougala, covid-19
Jean Paul Pougala. Crédit photo : IEG
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Après 4 siècles, la liste des morts en seulement 2 à 3 mois du Coronavirus Covid-19 qui n’a épargné aucune race, aucun continent, même à des degrés différents, est venue nous rappeler la leçon de la poésie de John Donne, c’est-à-dire qu’aucun de nous n’est une île, un tout en soit.

Que chacun de nous est une partie du littoral d’un continent où chaque morceau de terre que les flots de la mer emportent est une diminution de tout le continent. Et par conséquent, que chaque mort du Covid-19, qu’il soit à New-York, Séoul ou à Douala, me diminue de la même manière, parce que je suis membre du genre humain.

Le Covid-19 a donné raison à John Donne en nous rappelant cette banalité que nous sommes tous membres du genre humain. Et comme John Donne suggérait de ne jamais envoyer demander pour qui sonne la cloche de l’église qui annonce un enterrement, ne demande jamais où est arrivé le Covid-19 ce mois, mais plutôt quand sera notre tour. « La mort de tout homme me diminue ! »

Et c’est bien parce que la mort de tout homme me diminue que je ne dois pas en faire une blague, un amusement, une polémique ou une distraction.

C’est depuis le début de cette pandémie que tous les pays sont mobilisés pour trouver un médicament. Et à ce jour, toujours rien n’a été trouvé. Quand on dit que les gens sont à l’hôpital, ce n’est pas pour les soigner, mais uniquement pour souffler dans leurs poumons de l’oxygène. Et puis on attend, pour savoir si la personne meurt ou guérit.

Le 29/04/2020, les Etats-Unis d’Amérique ont franchi la barre des 1 million de contaminés et 61.472 morts dont 2400 morts les dernières 24 heures. Tous ces morts, dans des pays que jadis on disait mieux équipés en matière sanitaire ne le sont pas à cause de la négligence des médecins, qui sont aussi parmi les morts (150 médecins morts en Italie de Covid-19), mais parce qu’il n’y a pas encore de médicament. Voilà pourquoi tout le monde recourt à la seule solution efficace de l’heure qui est le confinement, pour espérer arrêter la chaine de contagion.

Je trouve donc, particulièrement indécent que depuis un certain temps, partout en Afrique, c’est une sorte de concours de beauté, d’un genre nouveau, des différents charlatans qui annoncent avoir trouvé le médicament miracle contre le Covid-19. C’est une insulte à la mémoire de tous les morts du Covid-19 y compris nos propres morts, de Manu Dibango à Pap Diouf, pour ne citer que les plus connus.

Le cours ci-dessous est inspiré du module dédié à l’industrie de la Santé, du 3ème et dernier jour de la formation Rinvindaf de la Pougala Academy que je dirige.

J’avais créé ce module dans la formation des Industriels Africains de Demain, malgré que la formation était axée sur l’Agro-Industrie, parce que j’étais convaincu qu’on ne peut pas produire pour nourrir la population africaine sans prendre à coeur sa santé en générale.

Et j’étais convaincu que le manque de médicament en Afrique n’était pas dû au manque de laboratoires de recherches, encore moins au nombre de médecins ou de pharmacies, mais à un déficit criant d’industriels africains cultivés, patriotes et avec les moyens financiers suffisants à investir dans la production en Afrique, des médicaments déjà tombés dans le domaine publique. Exactement comme l’ont fait les indiens et les chinois avant nous.

J’ai dit, “Industriels Cultivés”, car malgré tout l’argent du monde qu’on peut posséder et même accompagné d’un patriotisme de fer, vous n’irez jamais loin si vous ne vous conformez pas aux rigueurs scientifiques en vigueur dans le monde. Ce n’est pas une question de médecine des blancs, mais de médecine moderne, parce que scientifique. Car la seule compétition qui vaille aujourd’hui entre les nations est scientifique. Et malheureusement, avec des adultes en Afrique qui croient encore à la sorcellerie ou à un Dieu sauveur, on est obligé de mettre l’accent sur l’éducation des plus petits, pour espérer les sauver de l’idiotie et de l’ignorance scientifique généralisée sur le continent africain.

Les africains ont la fâcheuse habitude de se précipiter dans un jeu sans en connaître les règles. Ils ne prennent pas le temps pour s’informer de ce qui se joue ni de la raison des actions de chaque protagoniste.

Qu’est-ce qui se joue et que les Africains qui annoncent avoir trouve la solution ne sont pas au courant ?

On ne guérit pas une maladie créée par un virus avec les plantes. Pourquoi ?

Qu’est-ce qu’un virus ?

C’est Martinus Beijerinck qui va introduire le concept en 1898. Mais il faudra 37 ans aux scientifiques pour en savoir plus en 1935. Il faudra encore 11 ans pour qu’en 1946, Wendel Stanley gagne le Prix Nobel de la chimie en découvrant que c’était les virus qui s’attaquaient aux feuilles de tabac dans sa plantation.

Les virus sont les plus petits des micro-organismes (10¯?m). Ils sont tous dotés d’une coque de protection qui leur permet de cacher leur génome pour mieux se faire accepter par la cellule qu’ils ont décidé d’attaquer et donc d’infecter. La cellule ainsi infectée leur sert de double enveloppe pour mieux se protéger et éviter d’être détruits, comme nous le faisons aussi facilement avec les bactéries moins protégés, grâce aux antibiotiques.

Le paradoxe veut qu’un virus qui s’est protégé avec une enveloppe est plus vulnérable que celui qui est nu. En effet, dans son enveloppe, lorsqu’il est hors d’un organisme, il est plus vulnérable. Il peut survivre s’il passe d’un organisme à l’autre. Il ne peut donc pas survivre dans l’air. Ce qui peut le sauver dans l’air, ou hors d’un organisme vivant, c’est le froid. C’est l’exemple de toutes les grippes, la rage, les oreillons, l’herpès.

Par contre, les virus nus, hors d’un organisme sont capables de rester en vie pendant des jours. Ils peuvent alors se transmettre lorsqu’il fait chaud. C’est le cas de l’hépatite A.
De tous les virus, à ce jour, la science n’arrive à trouver un traitement efficace que pour un seul, c’est le virus de la fièvre jaune qui est la seule maladie à virus à bénéficier d’un vaccin stable et efficace. Toutes les autres grippes, lorsqu’on trouve un médicament ou un vaccin, doit être répété tous les ans.

A l’inverse, les bactéries sont différentes. Ce sont les travaux de Pasteur qui nous ont permis d’en savoir davantage. Et de découvrir que même si elles sont responsables de nombreuses maladies comme la Tuberculose et la Choléra, qui se soignent plus facilement en utilisant les antibiotiques, il existe surtout des bactéries utiles comme pour l’épuration de l’eau, la décomposition des excréments, la fermentation de yaourt, le vin, la bière, le pain etc. Notre corps porte jusqu’à 2 kg d’un total de 30 milliards de 700 types différents de bonnes bactéries qui nous protègent contre les mauvaises bactéries, mais aussi, nous aident à digérer les aliments. Quand vous êtes trop propres, vous risquez de détruire ces bonnes bactéries, voilà pourquoi de nombreux pays comme les Etats-Unis, depuis le 2/09/2016, interdisent l’utilisation des savons antibactériens.

Voilà pourquoi dans l’état actuel des choses, pour prétendre guérir une maladie, il faut obligatoirement recourir aux connaissances de 2 disciplines scientifiques : la biologie et la chimie. Comment peut-on utiliser une plante contre une maladie sans avoir la connaissance scientifique de savoir si elle est causée par un virus ou par une bactérie ? Encore faut-il savoir ce que c’est.

Pourquoi le prétendu médicament malgache ou camerounais contre le COVID-19 est une fanfaronnade ?

Je suis un fervent défenseur de la cause africaine. Tous les jours, j’écris des leçons pour susciter dans la jeunesse africaine un patriotisme en faveur de l’Afrique. Oui, mais de l’Afrique intelligente, de l’Afrique de la Science, de l’Afrique de la raison et non de l’Afrique de la fanfaronnade et de l’idiotie.

Le président Malgache a annoncé au monde que le Madagascar avait trouvé le médicament contre le Covid-19. Les africains ont tous manifesté leur soutien à l’initiative africaine. D’autres présidents, comme celui de la Guinée Equatoriale, de la République Démocratique du Congo, ou du Sénégal ont rendu public la vidéoconférence avec leur homologue malgache où tous lui donnent leur accord pour importer son médicament miracle.

Ce qui me gêne le plus dans cette annonce est que je n’attends pas du président de mon pays le Cameroun Paul Biya qu’il annonce au monde les prouesses du pays en matière pharmaceutique. Car ce n’est pas du ressort d’un politicien. Un médicament est toujours l’œuvre d’un inventeur ou d’une équipe d’inventeurs. Et si un camerounais trouve un médicament, c’est à lui de nous l’annoncer et non à un politicien qui par définition, brasse le vent, vend le vent.

Le pire dans tout ça, c’est le lendemain, lundi 27/04/2020 à la une des quotidiens camerounais, c’est un envoyé du Vatican au Cameroun qui nous annonce qu’il a lui aussi trouvé le médicament miracle au Cameroun pour soigner le Covid-19. On est en droit de se demander, pourquoi ce membre du Clergé Catholique au Cameroun ne l’a-t-il pas proposé en priorité au pays qui abrite le Pape, dont il sert les intérêts au Cameroun, l’Italie, qui avec ses 204.000 infectés et 27.682 morts est le 3ème pays au monde victime du Covid-19.

Je n’aurais jamais confiance de prendre le médicament de quelqu’un qui est en toute bonne foi convaincu que la maladie est une punition divine. Et que si nous guérissons ou mourrons d’une maladie, c’est parce que Dieu l’a voulu et non parce que nous n’avons pas suffisamment travaillé pour savoir ce que c’est, avant de trouver le bon médicament. En conclusion, je m’attends de quelqu’un qui a choisi pour profession de nous vendre des places au paradis après la mort, qu’il ne touche pas le métier de ceux qui travaillent pour créer des médicaments pour nous empêcher justement d’aller dans ce paradis.

Dans les lignes qui suivent, je vais vous expliquer en me servant de la pensée critique, pourquoi le président et malgache et le clergé catholique du Cameroun font tous deux, dans le charlatanisme. Ils humilient l’Afrique qui se présente ainsi au monde comme le continent de la fanfaronnade, sur un thème pourtant sérieux comme le Coronavirus, Covid-19.

Madagascar

« Les Blancs sont tellement racistes qu’ils n’aiment pas un médicament inventé par un africain contre le Covid-19 ».

Voilà l’exemple de refrain relevant de la pure stupidité et de l’émotion maladive des africains qu’on a pu entendre ces jours un peu partout en Afrique. Mais nous allons voir les dessous de cette fierté africaine qui n’est au final que de l’enfumage.

L’histoire commence le soir du 8 avril 2020 au journal de 20 h sur la télévision malgache TVM, le président malgache Andry Rajoelina affirme qu’un remède à base de plantes serait susceptible de soigner les malades du coronavirus, qui à cette date, a contaminé près d’un million de personnes et fait plus de 86.000 morts dans le monde. Voici ce qu’il déclare : “J’ai reçu une lettre en provenance de l’étranger le 24 mars (2020) dernier, dont l’objet est une demande de partenariat concernant l’utilisation d’une plante médicinale malgache pour lutter contre la pandémie du Coronavirus.

L’expéditeur a signalé que la plante médicinale en question renferme des principes actifs pouvant être exploités pour fabriquer un médicament aux propriétés préventives et un autre aux propriétés curatives contre le Covid-19, mais nous devons encore procéder à des tests et des analyses (…). Plusieurs pays désirent travailler en partenariat avec Madagascar pour découvrir la bonne forme pharmaceutique à choisir pour une meilleure utilisation du produit. Certains préconisent une présentation sous forme de soluté buvable, d’autres sous forme d’injection intraveineuse. Tous nos chercheurs locaux se réuniront sous peu pour trouver la meilleure présentation du médicament. (…) On peut changer l’histoire du monde entier ! ”

Le lendemain, le 9 Avril 2020, à minuit 09 minutes, dans un Tweet, voici ce que le président Andry Rajoelina écrit :

« 93 cas de Covid-19 ont été confirmés à Madagascar, dont 5 nouveaux cas au cours des dernières 24 heures. Il y a 11 cas de guérison. Aucun décès. Il est important de suivre les consignes ».

Le soir du 19 avril 2020, 11 jours après la précédente annonce dans laquelle il promettait ceci : « tous nos chercheurs se réuniront sous peu… », fait passer à la télévision TVM, un extrait du documentaire “Malaria Business”, réalisé par le Belge Bernard Crutzen et fut diffusé en Belgique en janvier 2018 dans l’émission DOC SHOT sur la télévision publique belge RTBF. A la suite de l’extrait, voici ce qu’il annonce :

« Un médicament a été trouvé par les chercheurs malgaches pour prévenir et guérir le coronavirus. Celui-ci est fabriqué à base d’Artemisia, une plante médicinale que feu le Professeur Albert Rakoto Ratsimamanga a introduit à Madagascar en 1975. D’ailleurs, l’IMRA a travaillé étroitement avec les chercheurs malgaches dans l’élaboration de ce remède contre la covid-19. J’annonce officiellement que les essais [cliniques sur les patients] ont été une réussite, des laboratoires et cliniques venant notamment des États-Unis et de la Chine ont collaboré et collaborent avec la Grande île dans le processus de fabrication de ce médicament. Des négociations sont actuellement en cours en vue de réaliser des essais cliniques sur le plan international (…) Madagascar possède la plus importante superficie cultivée d’Artémisia en Afrique et peut-être même dans le monde. »

Le lendemain 20/04/2020, à l’Institut Malgache de Recherches Appliquées (IMRA), Andry Rajoelina réunit les ambassadeurs de Chine et de Corée du Sud, ainsi que les membres du gouvernement malgache, et de nombreux journalistes, il inaugure le lancement officiel du nouveau médicament anti-Covid-19 à base d’Artémisia en invitant les tous les convives à goûter la tisane dans une bouteille de 33 centilitres. Il déclare : “Deux patients, malades du Covid-19 ont déjà été guéris par le Covid Organics. L’une des deux patientes guéries n’est autre que ma tante”.

“Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que nous avons de bons résultats avec cette potion. Elle est notre gilet pare-balles dans cette guerre contre le coronavirus. Nous allons la distribuer gratuitement à tous les Malgaches, à commencer par les cas contacts identifiés” (…) “Nous aussi, ici, nous allons trinquer tous ensemble, nous allons tous en boire” (…) “Nous sommes les premiers à avoir trouvé le traitement contre le Covid-19. Ça ne veut pas dire que nous sommes les meilleurs, mais seulement que nous avons mieux anticipé que les autres” (…) Ce médicament, le « Covid Organics » (CVO) est une tisane à base d’Artemisia, une plante à l’efficacité scientifiquement prouvée contre le paludisme. Cette tisane donne des résultats en sept jours ».

Qu’en pensent les scientifiques Malgaches ?

1) Le président de l’Académie nationale de médecine de Madagascar, le professeur Marcel Razanamparany a réagi ainsi : « Il s’agit de médicament dont les preuves scientifiques ne sont pas encore élucidées et qui risque de porter préjudice à la santé de la population, en particulier à celle des enfants.

La loi malgache stipule que seuls les professionnels de santé au sein des formations sanitaires et non des structures administratives, sont habilités à distribuer des médicaments ».

2) Que dit le directeur de l’IMRA dont la structure est citée par le président comme celle qui a effectué les essais ?
“Il est encore trop tôt pour conclure, mais les deux cas de Covid-19 guéris sont encourageants. Cela dessine une tendance, soyons positifs. La première fonction du Covid Organics est de stimuler le système immunitaire, il est donc tout à fait approprié dans le cadre préventif. La réussite de la recherche dépend de la confidentialité. C’est pour cela que nous gardons le secret de la composition”.(…)

“Nous avons comparé nos études avec d’autres études existantes dans le monde et nous avons décidé d’associer des plantes endémiques de Madagascar pour renforcer, optimiser les effets de l’Artémisia. C’est cette association qui a donné le Covid Organics que l’on souhaite partager avec tous les Malgaches, en tant que préventif et curatif.”(…)

“A l’IMRA, on réalise la convergence entre la médecine traditionnelle et la médecine moderne. On ne sous-estime pas la médecine traditionnelle, elle est à l’origine de notre concept”. (…)
“Si nous sommes arrivés jusqu’ici, c’est parce que nous avons été soignés par les plantes traditionnelles malgaches d’antan. Les médicaments faits de molécules synthétiques sont arrivés après. Et d’où viennent-elles ces molécules ? 60% d’entre elles viennent des plantes !” (…)

“Notre expérimentation se base sur la plante pour aller vers les techniques modernes. Nous faisons des tests de toxicité sur les rats. Nous possédons un département médical, un hôpital, pour vérifier l’efficacité des traitements. Nous respectons toutes les étapes scientifiques avant la mise sur le marché et donc la consommation par le patient.”

3) Le professeur Stéphane Ralandison, doyen de la faculté de médecine de Tamatave (la deuxième plus grande ville du pays), déclare :

“En tant qu’enseignant et chercheur, nous savons bien la valeur de la médecine fondée sur des preuves. […] Aussi, quand on dit que l’on a trouvé le médicament contre ce virus, à nous de nous poser les questions et de trouver nous-même les réponses”. (…)

“Je vous épargne des données pharmacodynamiques, car on est soi-disant dans l’urgence et que les remèdes traditionnels n’exigent pas de telles règles. Mais au moins, où étaient-ils testés ces médicaments ? Sur quels profils de patients ? Quels étaient les effets attendus puis obtenus ? Par quels moyens les a-t-on mesurés ces effets ? Car si les effets recherchés sont cliniques sur des patients peu ou asymptotiques, et bien… Et si les effets recherchés sont biologiques, je vous lance le défi de pouvoir justifier cela au stade où nous sommes actuellement à Madagascar au vu de nos plateaux techniques. […] Avouez que ce n’est pas bien scientifique tout cela !”

Que pense l’OMS du médicament malgache contre le COVID-19 ?

Charlotte Ndiaye, la représentante de l’Organisation Mondiale de la Santé répond à la journaliste Sarah Tétaud, correspondante pour RFI (Radio France Internationale) à Tananarive ceci :

“À l’heure actuelle, nous n’avons aucune plante médicinale qui a fait preuve de son efficacité concernant la lutte contre le coronavirus. Nous émettons donc des réserves puisque vous savez que l’OMS ne peut émettre ce genre de recommandation que lorsqu’elle détient des évidences, des preuves factuelles scientifiques qui permettent de le faire” (…)
“Cependant, l’OMS encourage et soutient au niveau africain les recherches faites vers l’utilisation de ces plantes médicinales. En ce qui concerne Madagascar, nous pensons que c’est louable de s’orienter dans la recherche dans le cadre de la protection contre ce coronavirus.”

Qu’enseigne-t-on à la Pougala Academy sur ce sujet precis ?

Nous sommes en présence de 2 personnes qui ne parlent pas le même langage et donc, ne peuvent pas se comprendre.

Le président malgache parle de la Médecine Traditionnelle Malgache, alors que l’OMS parle de la Biomédecine ou de la médecine moderne. C’est quoi la différence ?

La Médecine Traditionnelle est une médecine culturelle, liée à un peuple, à une communauté, à une culture donnée. Alors que la Biomédecine est universelle.

La médecine traditionnelle est une médecine historique basée sur les pratiques du passé, alors que, la biomédecine ou la médecine scientifique mise tout sur le présent en recherchant avant tout son efficacité, en se remettant constamment en cause.

Le meilleur pays où ces 2 pratiques sont érigées au rang institutionnel, c’est la Chine. Et ce n’est pas un hasard si le président malgache a voulu la présence de l’ambassadeur de Chine pour le lancement officiel de son médicament contre le Covid-19.

Ce qu’il ne sait pas est que même en Chine, la MTC (Médecine Traditionnelle Chinoise) est désormais classée par les autorités chinoises, comme une médecine alternative, ou complémentaire à la médecine scientifique, dite moderne. Et même en Chine, elle est classée dans le cadre des médecines non conventionnelles. Il s’agit notamment du massage, de l’acupuncture, etc. Dans le monde, la médecine non conventionnelle comprend aussi : l’hypnose, l’ostéopathie, l’homéopathie, la naturopathie etc.

Les médecines non conventionnelles ou médecines alternatives, médecines naturelles, médecines douces concentre des multiples pratiques thérapeutiques qui ont toutes une chose en commun : leur efficacité n’est pas démontrée. Sinon, elle passerait de médecine non conventionnelle à médecine conventionnelle, scientifique.

Contrairement à la médecine conventionnelle, qui n’existe comme telle que par rapport à son efficacité prouvée scientifiquement, la médecine non conventionnelle n’a pas besoin d’être testée pour être validée. Voilà pourquoi, on l’appelle aussi : « pseudo-médecine ». L’Académie nationale de médecine, en France l’appelle : « Thérapie Complémentaire (ThC) », alors que le Conseil de l’Ordre des médecins préfère une autre expression : « Médecine Alternative et Complémentaire (MAC) ».

Dans un rapport de 2013, l’Académie nationale française de médecine écrit :

« L’ANM rappelle que les pratiques souvent dites médecines complémentaires ne sont pas des « médecines », mais des techniques empiriques de traitement pouvant rendre certains services en complément de la thérapeutique à base scientifique de la médecine proprement dite. Elle recommande de ce fait de les désigner par la dénomination de thérapies complémentaires, qui correspond mieux à leur nature ». En d’autres termes, si vous ne pouvez pas prouver scientifiquement qu’un traitement est efficace, ce n’est pas de la médecine.

Selon la Commission de l’environnement, de la santé publique et de la protection des consommateurs, du Parlement européen dans son « Rapport sur le statut des médecines non conventionnelles », ce terme désigne « L’ensemble des systèmes médicaux et disciplines thérapeutiques couverts par la dénomination “médecines non conventionnelles” et qui ont en commun le fait que leur validité n’est pas reconnue ou n’est que partiellement reconnue. »

La phrase est lâchée : « médecines non conventionnelles” : leur validité n’est pas reconnue ».

Nous sommes dans un monde globalisé constamment en guerre. Lorsque le Madagascar décide de mener frontalement une guerre de tranchée contre le Parlement Européen, qui a déjà annoncé depuis 2011 que la validité de son produit ne serait pas reconnue, sur qui compte-t’il pour financer sa croisade ? Le nerf de la guerre reste toujours l’argent. Les bailleurs de fonds classiques du Madagascar sont la Banque mondiale et le Fond Monétaire International, tous deux alliés de la France, du Parlement Européen de l’Organisation Mondiale de la Santé qui ne doit sa raison d’être qu’à la médecine conventionnelle, scientifique. Sur qui compte la Madagascar ?

Sur la Chine ? Pas du tout !

La Chine a mis du temps pour se rendre compte que la Médecine Traditionnelle chinoise non scientifique creusait un fossé de retard entre la Chine et l’Occident. Voilà pourquoi elle a facilité les procédures de mise sur le marché chinois des médicaments de la Biomédecine occidentale. C’est ce qui a fait de la sociéte Suisse Novartis le numéro 1 mondiale des industries pharmaceutiques avec 54 milliards de chiffre d’affaires en 2019 avec la Chine comptant pour plus du tiers de son chiffre d’affaires.

En échange de l’ouverture de son marché, autour de Shanghai a été créé la capitale mondiale des industries pharmaceutiques qui devaient s’approvisionner en principes actifs des groupes pharmaceutiques chinois. C’est dans ce cadre que non loin de Shanghai, le fameux laboratoire franco-chinois de Wuhan a été construit entièrement par la France et à l’intérieur, la France a rapporté tous ses derniers secrets dont la Chine avait besoin pour sortir de son retard.
Alors qu’en 1971, Mao Zedong invitait les journalistes du New-York Times pour leur montrer en direct comment grâce à l’acupuncture chinoise, il était possible de mener une opération (truquée) sans anesthésie, dans un souci de dogme et de recherche d’un instrument de manifestation du patriotisme chinois.

Aujourd’hui, en 2020 avec le Covid-19, le monde a découvert que la Chine qui avait longtemps abandonné cette route sans issu de médecine douce, pour s’imposer comme le leader mondiale de la médecine scientifique à commencer par là où il lui était favorable de gagner des batailles, celui de la fabrication des principes actifs de tous les principaux médicaments appartenant aux firmes occidentales, tombés dans le domaine public. Et vu son prix très bas, ces propriétaires des brevets originaux n’avaient d’autres choix que de passer la commande à leurs concurrents chinois avec un mot magique que tous les Rinvindaf connaissent : le OEM.

Revenons au Président de Madagascar et au Clerger Catholique au Cameroun

Ce qu’on attendait des intellectuels africains, c’était de partir des écorces et plantes de la pharmacopée traditionnelle africaine pour la faire migrer vers la médecine scientifique dite moderne. C’est-à-dire à menant des recherchant pour faire émerger les molécules qui se trouvent dans chaque plante et en établir les doses pour les rendre efficaces contre les virus ou les mauvaises bactéries.

Le dernier jour de la formation Rinvindaf de la Pougala Academy, nous traitons le module de comment gagner l’argent en Afrique grâce au secteur de la santé. Il s’agit surtout de cultiver des plantes médicinales à transformer et livrer comme matières premières végétales aux industries pharmaceutiques. Par exemple, une fois que nous savons que c’est grâce aux feuilles de l’eucalyptus qu’on fabrique les médicaments contre la toux, il ne s’agit pas de cueillir les feuilles d’eucalyptus pour en faire des tisanes, mais de passer par des systèmes précis pour faire émerger les molécules anti-toux contenues dans certaines parties de cet arbre.

Je parle aussi de l’Artemisia, pour expliquer que l’industriel n’est pas un charlatan. Cette plante existe en Chine depuis 2000 ans. Lorsqu’en 2015, on a remis à la doyenne des recherches sur le Paludisme, la professeur chinoise Tu Youyou, ce n’était pas parce qu’elle nous a informé quelque chose qu’on savait déjà depuis 2000 ans que l’Artemisia guérissait le paludisme, pas du tout. Elle a gagné le Prix Nobel, parce que travaillant sur l’Artemisia depuis 1972, elle a passé toute sa vie à l’étudier et elle a offert à l’humanité ce que personne n’avait trouvé avant, la molécule qui permettait dans l’Artemisia de guérir contre le Paludisme. Elle l’a appelé : Artémisinine.

En d’autres termes, en 2015, Youyou Tu est devenue le premier prix Nobel de médecine chinois pour avoir isolé, mis en évidence et démontré l’efficacité d’une substance extraite de la plante, l’artémisinine, dans les traitements antipaludéens. Ce n’est pas la plante Artemisia qui guérit contre le paludisme, mais l’Artémisinine qui n’est malheureusement pas présente dans toutes les plantes Artemisia, puisque sa teneur dans cette plante dépend de plusieurs facteurs comme le type de terre, l’humidité et de toutes les façons, l’artémisinine ne peut pas être conservée longtemps à une température supérieure à 20°c.

Elle est aujourd’hui âgée de 93 ans et a formée une équipe qui malheureusement n’a toujours pas trouvé un vaccin contre le paludisme. Mais c’est cette équipe qui a été associée à la Task Force chinoise pour la recherche d’un médicament contre le Covid-19 et à ce jour, personne n’a encore rien trouvé.

Pourquoi l’OMS est contre le remède malgache contre le covid-19 ?

En 2019, dans des recommandations visant à guider les industries pharmaceutiques dans la production d’artémisinine de qualité suffisante, voici ce que l’OMS écrivait sur son site web, pour mettre en garde sur l’utilisation de la plante l’Artemisia non pas contre le Covid-19, mais contre le paludisme :

« L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ne recommande pas l’utilisation de matériel végétal d’Artemisia Annua, sous quelque forme que ce soit, y compris le thé, pour le traitement ou la prévention du paludisme. En effet, comme pour la plupart des herbes médicinales, “la teneur en artémisinine et son efficacité dépendent des conditions climatiques, géographiques et environnementales. Toutes les plantes d’Artemisia annua L ne contiennent pas nécessairement d’artémisinine et dans certains endroits, en fonction de la qualité du sol et des précipitations, la teneur peut être très faible. L’Artemisia annua est notamment sensible à l’humidité et à la température, et ses feuilles, conservées à une température supérieure à 20°C avec une humidité relative élevée entraînent une perte substantielle de teneur en artémisinine. (…)
De plus, “les patients traités contre le paludisme avec du thé Artemisia annua risquent de ne pas être suffisamment dosés” en raison de la faible solubilité et de l’instabilité de l’artémisinine dans l’eau et à des températures élevées. “Afin de recevoir une dose équivalente à un comprimé ou à une capsule d’artémisinine à 500 mg, les patients devraient boire jusqu’à 5 litres de thé d’Artemisia Annua par jour pendant au moins sept jours consécutifs ».

Mais d’où est venue à tous ces africains l’idée que le médicament contre le paludisme pouvait guérir contre le Covid-19 ?

C’est la polémique en France contre l’utilisation par le professeur Raoult de Marseille de la Chloroquine, un antipaludéen pour guérir contre la Covid-19.
Et comment le professeur Didier Raoult en est-il arrivé lui aussi à cette déduction ?

Parce qu’en médecine, la roue ne se réinvente pas, la quasi-totalité des médicaments contre les maladies connues et futures ont déjà été trouvés. Et la campagne visant la recherche d’un vaccin n’est que de l’enfumage pour mettre Hors Sujet les naïfs comme ces africains justement.
En réalité, la course qui se joue maintenant, personne ne recherche un nouveau vaccin, car l’expérience même du paludisme ou du sida nous a démontré que même après 30 ans, on risquera de se retrouver au point de départ sans vaccin.

Alors, pour faire vite, chacun cherche la solution sur les anciennes molécules déjà disponibles. Et Didier Raoult n’avait qu’à observer les premiers à être infecter les chinois pour savoir ce qu’ils étaient en train de chercher pour s’orienter vers cette voie. Car les chinois sont les seuls aujourd’hui qui ont suffisamment de moyens humains et financiers pour investir dans la recherche de nouvelles molécules. Et s’ils ne le font pas, mais recourent aux anciennes déjà présentes sur le marché, c’est que c’est la bonne voie à suivre.

Et comment savoir ce que font les chinois notamment dans l’utilisation de la Chloroquine contre le Covid-19 ? Voici 3 exemples :

1) Dans la revue scientifique chinoise “BioScience Trends”, vol. 14, no 1,? de Janvier 2020, aux pages 72–73 on a un article signé par trois pharmacologues chinois de Qingdao : Jianjun Gao, Zhenxue Tian, Xu Yang et Giancario Majori, avec le titre :
« Breakthrough: Chloroquine phosphate has shown apparent efficacy in treatment of COVID-19 associated pneumonia in clinical studies »,

On peut apprendre que plusieurs essais cliniques ont été menés dans 10 hôpitaux chinois sur une centaine de malades avec la chloroquine et deux autres candidats-médicaments : Remdésivir et Lopinavir/Ritonavir. Et qu’on a eu de “bons résultats contre la pneumonie associée au Covid-19”.

Les 3 pharmacologues chinois concluent leur article en recommandant “d’inclure cette molécule dans les prochaines lignes directrices chinoises pour la prévention, le diagnostic et le traitement de la maladie COVID-19”.

2) En février 2020, dans la revue scientifique chinoise : “Chinese Journal of Tuberculosis and Respiratory Diseases”, vol. 43, no 00,? 20 février 2020, 3 experts chinois, Ruiyuan Cao, Leike Zhang et Xinglou Yang, du Department of Science and Technology of Guangdong Province et du Health Commission of Guangdong Province for chloroquine in the treatment of novel coronavirus Pneumonia, sont tous d’accord de mettre le titre suivant : « Expert consensus on chloroquine phosphate for the treatment of novel coronavirus pneumonia ». Ils affirment qu’ils ont constaté qu’en utilisant la Chloroquine, les patients guérissent plus vite du Covid-19 et restent moins de temps à l’hôpital. Et donc, rentrent plus tôt à la maison.

3) Cell Research est une revue scientifique chinoise à publication mensuelle sur le thème de la biologie cellulaire. Elle est publiée par le “Nature Publishing Group” pour le compte de l’Institut de sciences biologiques de Shanghai, partenaire de la Société chinoise de biologie cellulaire. Dans son édition vol. 30, no 3,? du mois de mars 2020, aux pages 269–271, 4 virologues et pharmacologues de Wuhan : Manli Wang, Ruiyuan Cao, Leike Zhang et Xinglou Yang, publient un article intitulé : « Remdesivir and Chloroquine effectively inhibit the recently emerged novel coronavirus (2019-nCoV) in vitro ». Ils disent d’avoir testé au total 6 médicaments. Et que la Chloroquine a eu un effet positif contre le Covid-19 alors que les autres 5 n’ont eu aucun effet.

QUESTION : Mais pourquoi les chinois ont vite pensé à tester la Chloroquine contre le Covid-19 ?

REPONSE : Parce qu’ils l’avaient déjà utilisé avec succès contre l’autre Coronavirus parti de Hong-Kong, la Sars en 2003. Et qui avait disparu en causant le moins de morts possible.

Les Africains sont-ils les seuls à être hors sujet et de fanfaronner avec des plantes contre un virus alors que tout le monde sait que cela ne donnera aucun effet ?

Non !

Le pays qui nous a donné le meilleur exemple dans le Hors Sujet en matière pharmaceutique s’appelle la France. Et lorsqu’on observe la liste des pays qui chaque jour en Afrique annoncent d’avoir trouvé le médicament contre le Covid-19, à l’instar du Ministre ivoirien de la recherches hier 30/04/2020, la quasi-totalité des pays africains qui annoncent d’avoir trouvé le médicament sont des anciennes colonies françaises.
La raison vient du fait qu’à l’heure actuelle, aujourd’hui le 1er Mai 2020, la France est le seul pays de l’Union Européenne qui forme des étudiants en leur donnant un diplôme de docteur en médecine sur des plantes médicinales, pour soigner les maladies tout en sachant que c’est faux. Il s’agit de l’homéopathie.

Et ce sont ces africains qui une fois formés en France, rentrent en Afrique et en toute bonne foi, chantent sur tous les toits que la pharmacopée traditionnelle africaine pourra rivaliser avec la médecine scientifique dite moderne. Ce qui n’est pas vrai.

L’Homéopathie est une pratique pseudo-scientifique de médecine alternative inventée en 1796 par le français Samuel Hahnemann (1755-1843). Il s’agit d’une méthode thérapeutique qui consiste à traiter les maladies en prescrivant à doses infinitésimales des médicaments aptes à produire des symptômes analogues à ceux de ces maladies elles-mêmes.

Comme nous venons de voir avec les mise en garde de l’OMS contre l’utilisation de l’Artemisia, il faudrait boire jusqu’à 5 litres par jour et pendant 7 jours, pour atteindre 500 mg de Artémisinine. Ce qui veut dire qu’en utilisant les plantes pour soigner une maladie, le principe active qui y est contenu sera comme trop dilué. Alors qu’on a souvent besoin de l’extraire et de l’avoir en forme concentrée ou forte pour contrer la maladie.

L’homéopathie procède de la même manière : diluer le principe actif d’un médicament à l’état infinitésimal. Ce qui porte comme conséquence immédiate est qu’il devient complètement inutile et inefficace.

Pourquoi l’homéopathie tant plébiscitée par les autorités françaises est une pseudo-science ?

La pseudo-science est une discipline qui est présentée sous des apparences scientifiques ou faussement attribuée à la science, mais qui n’en a pas la démarche, la méthodologie, ni la reconnaissance. Elle se situe en opposition à la science.

Toutes les essais cliniques réalisés à grande échelle ont montré que l’homéopathie ne présente aucune efficacité différente de celle d’un placebo. Un Pacebo étant un produit pharmaceutique inactif donné volontairement à un patient en remplacement du vrai médicament, afin de s’assurer de l’efficacité réelle de celui-ci sans conditionnement psychologique. Il existe 2 types de placebo : un placebo pur est un traitement sans aucune substance active ; un placebo impur est un produit avec une substance active, mais sans aucun effet sur la maladie qu’on veut guérir.

En Australie,

En 2015, le National Health and Medical Research Council a publié une analyse intitulée :

« NHMRC Statement: Statement on Homeopathy » : « Large Study Concludes Homeopathy Does Not Effectively Treat Any Health Condition ».

Il s’agit du rapport de 225 études et plus de 1800 publications scientifiques portant sur l’efficacité de l’homéopathie. La conclusion de toutes les 225 études disent qu’aucune n’a pu démontrer que l’homéopathie améliorait mieux l’état d’un patient qu’un placebo. L’agence australienne a donc déconseillé aux citoyens australiens de recourir à l’homéopathie dans le traitement des maladies.

Aux Etats-Unis,

c’est à la FDA qu’incombe d’analyser les médicaments qu’on met sur le marché. Et comme elle n’en a pas les moyens, un industriel est libre de mettre son produit sur le marché. Mais assume les responsabilités devant les tribunaux si des consommateurs s’estiment lésés et considèrent que les promesses faites s’avèrent mensongères.

En 2012, le leader mondial de l’homéopathie, le groupe pharmaceutique français Boiron met sur le marché un médicament « Oscillococcinum » à base de foie et cœur de canard, qu’il prétend pouvoir guérir de la grippe. Des patients qui sont malades de la grippe le prennent mais ne guérissent pas. Ils vont donc faire une class-action, une plainte groupée au tribunal. Boiron va négocier pour éviter le procès en payant la somme de 12 millions de dollars aux victimes.

C’est pour éviter de se retrouver dans la même situation que dès le mois d’avril 2020, avec 2700 morts par jours de Coronavirus aux Etats-Unis, la direction américaine de Boiron a annoncé sur son compte Twitter qu’aucun des produits Boiron ne guérissait du Covid-19.

En août 2014, devant une class-action des patients américains qui s’estimaient floués par la promesse mensongère d’un médicament homéopatique, l’industriel pharmaceutique allemand Heel a tout simplement décidé d’abandonner le marché américain et canadien et de fermer tous ses bureaux et usines dans ces 2 pays.

A partir du 15 novembre 2016, à travers la « FTC Issues Enforcement Policy Statement Regarding Marketing Claims for Over-the-Counter Homeopathic Drugs », la Federal Trade Commission a fait une annonce qui oblige désormais les médicaments homéopathiques dont l’efficacité n’a pas pu être démontrée par des études scientifiques fiables à écrire en caractère bien lisible sur la notice ces deux informations :

1) there is no scientific evidence that the product works;

2) the product’s claims are based only on theories of homeopathy from the 1700s that are not accepted by most modern medical experts.

Traduction : 1) Il n’existe aucune preuve scientifique que ce produit est efficace ;
2) les prétentions de ce produit sont fondées sur la théorie de l’homéopathie formulée au XVIIIe siècle, qui n’est pas reconnue valide par la plupart des experts médicaux modernes.

En France

L’homéopathie constitue un exercice particulier de la médecine générale. Il existe des Diplôme Universitaire (DU) d’homéopathie qui durent 1 an, pour une durée de cours de 80 heures.
Le Conseil national de l’Ordre des médecins, l’organisme professionnel, administratif et juridictionnel de défense et de régulation de la profession médicale, reconnait depuis 1997, l’exercice médical de l’homéopathie.

Pire, en France, les médicaments à base de plantes et les médicaments homéopathiques bénéficient d’une procédure simplifiée d’enregistrement. En d’autres termes, ils ne nécessitent pas l’autorisation de mise sur le marché (AMM), remplacée par un simple enregistrement auprès de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

Pourquoi la France peut-elle autoriser qu’on mette des faux médicaments sur son marché ?

La réponse à cette question est donnée par le quotidien français, « 20 Minutes », du 23 août 2018 : « Le principal labo spécialisé au monde, Boiron, est Lyonnais, et qu’il emploie 2 500 personnes. Il s’agit en effet d’un marché à plus de 620 millions d’euros pour ce géant industriel, qui possède un quasi-monopole mondial sur le secteur puisque l’homéopathie est essentiellement française ».

Pire, c’est l’ancien ministre français de la santé Philippe Douste-Blazy qui en 2004 dans l’hebdomadaire français Le Nouvel Observateur affirme dans un article intitulé : « Douste-Blazy soutient l’homéopathie » ceci :

« Il y a aujourd’hui dix millions de Français qui prennent des médicaments homéopathiques qui sont prescrits par 30 000 médecins ». « La deuxième raison, a poursuivi Philippe Douste-Blazy, c’est que si vous regardez le budget de l’assurance maladie consacré aux médicaments homéopathiques, vous vous apercevez que c’est une toute petite goutte d’eau par rapport au reste des prescriptions médicamenteuses, et en tout cas si vous les enlevez, alors les patients prendront autre chose et ce seront des médicaments qui seront peut-être eux remboursés à 100 %, avec des interactions médicamenteuses possibles ».

Oui, vous avez bien compris : Puisque ce n’est pas remboursé à 100% le faux médicament, si on l’enlève, les patients prendront les vrais médicaments qui eux sont remboursés à 100% et donc, vont graver plus sur le budget de la sécurité sociale. Et pour cette raison, le ministre préfère qu’on reste aux faux médicaments.

Quelles leçons pour l’Afrique ?

La leçon a retenir est celle que je donne aux industriels de la Pougala Academy : presque tous les médicaments ont déjà été découverts. Dans l’avenir, il n’y aura pas grand-chose qui arrivera dans les pharmacies. Donc, cela ne sert à rien pour les africains de plonger dans les laboratoires pour chercher de nouveaux médicaments que personne n’a jamais vu, comme celui contre le Covid-19. Même notre réponse ne doit pas être nouvelle, mais voir ce que les autres avant nous ont fait lorsqu’ils étaient dans la même situation que nous aujourd’hui.

L’Inde d’abord, la Chine ensuite ont pris le temps pour accepter qu’ils avaient un sacré retard par rapport aux entreprises occidentales, qu’elles ont toutes comblé, en copiant les brevets tombés dans le domaine publique. Et ces brevets constituent les 90% des médicaments dont nous avons le plus besoin.

Notre voyage 2 fois par an en Chine, permet aussi de combler ce retard dans le domaine de l’industrie pharmaceutique, en créant des partenariats avec les chinois à travers lesquels nous achetons les principes actifs dont nous avons besoin pour produire en Afrique, les plus importants et les plus demandés des médicaments dont les brevets sont déjà tombés dans le domaine public.

C’est la voie obligée pour d’abord nous mettre au niveau des autres et commencer à parler le même langage scientifique qu’eux.

La méthode qui consiste à vanter les plantes ancestrales est de la pure rigolade, de la fanfaronnade qui ne rime à rien d’autre qu’à confirmer notre éternel Hors Sujet permanent et sur tous les sujets.

Comme je vous dis toujours : comme industriels africains, nous ne pouvons pas assurer l’alimentation de nos populations et laisser de prendre en main sa santé. Notre voyage commence à la plantation pour se poursuivre dans les laboratoires d’analyses alimentaires d’abord, et ensuite d’analyses médicinales. C’est à nous de comprendre que l’industrie pharmaceutique se complète avec l’industrie alimentaire, que le cacao devient en même temps votre chocolat, mais que son beurre peut servir pour le rouge à lèvre en cosmétique, mais aussi comme excipient au médicament sous forme de suppositoire pour les nouveaux nés, c’est-à-dire Médicament solide en forme de cône fait de beurre de cacao comme excipient + le principe actif et le tout introduit dans l’anus du nouveau-né.

Voilà un exemple de comment la plantation est notre point de départ pour ce long voyage qui va nous conduire dans les batailles pour réduire le retard scientifique de l’Afrique et retrouver sa pleine souveraineté même sur le plan des médicaments. Commençons donc par ce qui est plus facile et à notre portée : copier tout ce que les autres ont fait avant nous et dont les brevets sont accessibles.

Mieux, au lieu de jouer aux charlatans à la recherche des médicaments miracles, nos politiciens doivent plutôt réduire dans nos pays le temps qui doit découler de la sortie d’un médicament sur le marché à son entrée dans le domaine public. Aujourd’hui, ce délai est de 20 ans, parce que la France a décidé que ce serait 20 ans. Mais la France aurait même intérêt à mettre 40 ans, puisque ce sont ses laboratoires aussi qui déposent ces brevets. Et nous africains, puisque nous n’avons pas les moyens, ni la pensée critique nécessaire pour même comprendre comment on innove pour trouver de nouvelles molécules, c’est dans notre intérêt de passer de 20 ans à 5 ans.

Le retour à nos sources que je prône ne signifie nullement le retour à l’archaïsme, mais plutôt, sur le plan philosophique, le retour à ce que nous sommes comme conception même de la vie. La spiritualité africaine est évolutionniste. Au moment où les pays à cultures chrétiennes et musulmanes priaient des saints pour espérer guérir des maladies, nos ancêtres avaient déjà compris que les maladies se soignaient en recherchant la solution dans la nature. Il est hors de question qu’aujourd’hui ceux qui ont laissé les conceptions rétrogrades chrétiennes et musulmanes sur la maladie et les médicaments pour les soigner, nous rejoindre dans l’évolutionnisme scientifique et que ce soit nous à retourner dans l’émotion rétrograde du charlatanisme des plantes ou des écorces dans la preuve de leur efficacité.

Demain, la mode du Coronavirus passera. Mais les choix que nous devons faire aujourd’hui doivent rester sur le long terme, pour nous faire entrer même par la petite porte dans le concert des Nations Scientifiques, conscient du fait que dans le monde d’aujourd’hui, on ne respecte personne qui ne maîtrise la science. Car la vraie intelligence se mesure aussi par le nombre des domaines scientifiques nous sommes capables d’apprivoiser pour ne plus fuir la vraie compétition qui oppose les nations. La vraie intelligence se mesure par l’âge moyen auquel nos populations vont mourir demain. Si chez nous on meurt à 40 ans alors qu’ailleurs on meurt à 100 ans et nous ne prenons pas cela comme notre objectif, c’est que nous ne sommes pas intelligents.

Chez nous, on est content qu’il y ait eu moins de mort en Afrique du Coronavirus Covid-19 qu’ailleurs. Mais, ailleurs ce sont les vieux qui meurent. Et peut-être que nous ne mourrons pas trop parce que nos vieux sont morts depuis. Nous ne mourrons pas de Covid-19 parce que le paludisme se charge déjà à nous faire la fête et 100 fois pire que ce que le Covid-19 est en train d’infliger aux autres. Et le plus triste dans tout ça, est de voir nos politiciens démontrer aux yeux du monde qu’ils n’ont même pas pris la peine de comprendre comment marchait l’Artemisia. Pire, il y a eu au total 4 Prix Nobel qui ont eu affaire au paludisme. Et personne parmi eux n’était un Noir.

  • Prix Nobel de Médecine en 1902, à Ronald Ross du Royaume-Uni pour son travail sur la malaria, par lequel il a montré comment le parasite infectait l’organisme et ainsi a posé les bases de la recherche et de la lutte contre la maladie.
  • Prix Nobel de médecine en 1907 à Charles Louis Alphonse Laveran de France pour son travail sur le rôle joué par les parasites protozoaires responsables du paludisme.
  • Prix Nobel de Médecine en 1927 à Julius Wagner-Jauregg d’Autriche pour sa découverte de la valeur thérapeutique de l’inoculation de la malaria dans le traitement de la paralysie générale.
  • Prix Nobel de Médecine 2015 Tu Youyou pour avoir démontré l’efficacité d’une substance extraite de la plante Artemisia, l’artémisinine, dans les traitements antipaludéens.

Conclusion

Le paludisme est la principale cause de mortalité en Afrique. Mais, la recherche des médicaments tombés dans le domaine public et vite semble n’intéresser aucun politicien. S’ils pouvaient se mobiliser comme ils l’ont fait pour le Covid-19, pour le paludisme aussi, nous aurons moins de morts chaque année.

S’il n’y a aucun Prix Nobel de la médecine africain depuis que le Prix existe, ce n’est pas parce que ce sont des racistes qui ne veulent pas nous donner leur prix, mais parce que nous sommes restés, Dieu, Magie, Mystère, Sorcellerie, Sport, Musique, Emotions, Emotions et encore Emotions. Alors que la science exige la pensée critique avant tout, et toujours. On n’affirme rien qu’on ne puisse pas prouver. On ne croit en rien qu’on ne peut prouver.

Car comme annonce l’astronome américain Carl Edward Sagan né le 9 novembre 1934 et mort le 20 décembre 1996 :

« Une affirmation extraordinaire requiert une preuve extraordinaire ».

Jean-Paul Pougala